LABO STYLOCULTURE

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LE SIGNE: entre lumière et obscurité



Chapitre 1: Quand le savoir éclaire le profane, et quand le profane obscurcit le savoir

#presence_absences_existences_dissidences


Nous produisons sans cesse des signes et passons une grande partie de notre existence à les décrypter. Un mot, un geste, une image, un texte, un silence même, sont autant de signes qui circulent entre nous. Chaque signe possède une forme perceptible et un contenu interprétable, et c’est par leur description, leur analyse et leur interprétation que nous accédons à leur sens. Comprendre un signe, c’est comprendre la fonction qu’il joue dans le système auquel il appartient, ainsi que ses transformations possibles dans le temps et dans l’espace.

Mais cette activité fondamentale de lecture du monde n’est jamais neutre. Elle dépend de celui qui observe, décrit et explique. C’est ici que se manifeste la polarité entre le savoir qui éclaire le profane et le profane qui obscurcit le savoir.

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Lorsque le savoir éclaire le profane, le signe devient une passerelle vers la compréhension. Le véritable expert ne se contente pas d’accumuler des concepts : il les rend visibles, manipulables, presque tangibles. Il sait identifier le signe, le décrire avec précision, l’analyser en surface et en profondeur, puis l’interpréter de façon rigoureuse. En faisant cela, il permet au non-spécialiste d’entrer dans un univers qui lui était auparavant fermé. La complexité du monde n’est pas niée, mais elle est rendue accessible. La clarté devient une forme de respect envers l’autre.

A l’inverse, lorsque le profane parle d’un savoir qu’il ne maîtrise pas, le signe cesse d’être un outil de compréhension et devient un écran. Les mots compliqués remplacent l’analyse, les phrases longues masquent l’incertitude, et le jargon crée une illusion de profondeur. Ce n’est plus le monde qui est complexe, mais le discours qui est confus. Le signe n’éclaire plus : il brouille et détourne.

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Cette polarité apparaît de manière frappante dans le domaine du langage. Le linguiste qui dissèque la langue comme un objet mort  (en la segmentant, en la classant, en la théorisant) peut en révéler certaines structures. Mais l’enseignant de langue, confronté à la langue vivante en classe, découvre un autre type de signe : un instrument dynamique, mouvant, chargé d’émotions, d’intentions et de relations humaines. La langue n’est plus seulement un objet d’étude, elle est un acte.



C’est dans cette polarité que s’inscrit toute réflexion sur le signe. Identifier et classer un signe n’est pas une simple passion intellectuelle, mais une nécessité vitale. C’est grâce à cette capacité que l’être humain peut interagir avec son environnement, accumuler de l’expérience et donner du sens à ce qu’il vit. Développer des méthodes pour observer le signe dans toute sa richesse (le décrire, l’analyser, l’interpréter, le saisir en mouvement) devient alors un enjeu scientifique, pédagogique et même existentiel.

Notre parcours, entre pratique artistique, linguistique et didactique des langues, a montré combien la compréhension du signe exige à la fois rigueur et humilité. La stylographie (et la textylographie) , l’observation du langage en contexte, puis l’enseignement ont peu à peu révélé les limites des approches purement dogmatiques. De là est né un doute fécond, qui nous a conduits vers une approche phénoménologique et systémique : regarder le signe non comme un objet figé, mais comme un phénomène vivant inscrit dans un réseau de relations.

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Ainsi, éclairer le profane ne signifie pas simplifier à l’excès, mais rendre visible la structure du réel. Obscurcir le savoir, au contraire, revient à transformer les signes en écrans opaques. Dans un monde saturé de discours, la véritable intelligence ne se mesure pas à la complexité du langage, mais à sa capacité à faire apparaître le sens.

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Car, au fond, le rôle du savoir n’est pas de produire du brouillard, mais de faire circuler la lumière.

Maître Pofrima Selo, http://www.didaktik.work

Stuttgart, 2014